Profil type du fraudeur en entreprise

un article int?ressant du journal LE TEMPS du 14.05.2007

C'est un homme. Un manager occupant une fonction ?lev?e au sein de l'entreprise dans
laquelle il est employ? depuis plus de six ans dans le service financier. Il a entre 35 et
55 ans, travaille de mani?re autonome et acc?de aux donn?es confidentielles de son
employeur. Tel est le portrait-robot du fraudeur moyen ou criminel en col blanc esquiss? par une toute r?cente ?tude r?alis?e par le cabinet de r?vision KPMG ? partir de 360 cas concrets en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Cette convergence de caract?ristiques ne suffit ?videmment pas ? faire d'un manager un criminel en puissance. Deux autres crit?res tr?s importants entrent en jeu, selon l'?tude: la personnalit? de l'int?ress?, par exemple une forme de cupidit?, ainsi que l'opportunit? d'agir.

Personnalit? pathologique?
A partir d'un hasard, il commet une premi?re faute. Et, comme personne ne la remarque, il recommence. Parfois, cela finit par devenir un v?ritable syst?me, explique John Ederer, responsable adjoint du d?partement forensic (criminologie, ndlr) de KPMG Suisse. Pour qu'un fraudeur passe ? l'acte, il doit bien conna?tre le syst?me, poss?der des notions financi?res et rencontrer des opportunit?s, trois conditions souvent r?unies au niveau du management, commente pour sa part Isabelle Augsburger, professeure et doyenne de l'Institut de lutte contre la criminalit? ?conomique (ILCE) de la Haute Ecole de gestion de Neuch?tel. Et si ce criminel est ? son poste depuis plusieurs ann?es, il a eu tout loisir d'observer les failles qu'il pourra utiliser. Car le fraudeur profite souvent de contr?les internes insuffisants. L'?tude d?montre ?galement que le taux de r?cidive est tr?s important. Dans 91% des cas, les fraudeurs se livrent ? plusieurs d?lits avant d'?tre d?couverts; dans 76% des affaires, les d?lits sont commis sur une p?riode exc?dant six mois. Un constat qui pose la question de la pr?disposition psychologique du criminel en col blanc. Il existe de nombreuses ?tudes ? ce sujet. Les personnes poss?dant des traits psychopathiques ont tendance ? commettre plus de fraudes, poursuit Isabelle Augsburger. Certains chercheurs ont m?me observ? que les qualit?s qui font que vous obtiendrez un poste de haut niveau correspondent aux traits de personnalit? du fraudeur. Un temp?rament qui se caract?rise par son charme, son habilet? et sa facult? ? s'adapter ? ses interlocuteurs. Des traits typiquement psychopathiques. Au niveau du comportement du criminel en col blanc, un certain nombre de signaux d'alarme ont ?t? r?pertori?s. Tr?s souvent, les fraudeurs comptabilisent un nombre anormalement ?lev? d'heures suppl?mentaires. Le matin, ils arrivent plus t?t et le soir, ils repartent plus tard que les autres, constate John Ederer. En outre, ils ne prennent jamais de vacances. Car ils ont trop peur que leur entourage professionnel direct ne mette le nez dans leurs affaires.
Les situations personnelles difficiles constituent ?galement des indicateurs: pressions financi?res dues ? un divorce mouvement? ou ? une addiction au jeu. Il faut faire tr?s attention, car on entre l? dans la th?matique d?licate de la sph?re priv?e, avertit Igli Tashi, professeur assistant aupr?s de l'Institut d'informatique et d'organisation de l'Universit? de Lausanne. Prendre ces signaux ? la lettre fait courir un risque d'ostracisme, voire un risque juridique d'atteinte ? la personnalit?.

Investigations
L'?tude de KPMG rel?ve ?galement que, dans la moiti? des cas, les entreprises ont tendance ? cacher ce genre d'affaires et ? essayer de les r?gler en toute discr?tion: Peu de d?lits commis font l'objet d'une enqu?te p?nale. Dans la majorit? des cas, l'employeur proc?de ? des investigations ind?pendantes sans avoir recours ? la police ou ? une autorit? publique, ?crivent les auteurs de l'?tude.
Selon Olivier Ribeaud, responsable du master interdisciplinaire en droit, criminalit? et s?curit? des nouvelles technologies de l'Universit? de Lausanne, c'est une tr?s mauvaise id?e. Les entreprises ne doivent pas s'aventurer ? mener leur surveillance et leurs enqu?tes elles-m?mes, mais s'adresser rapidement ? la police en cas de soup?on. Investiguer, c'est un m?tier. Les policiers sont asserment?s, exp?riment?s, soumis ? une certaine ?thique, souligne-t-il. Les enqu?tes internes, non professionnelles, font courir de r?els dangers ? l'entreprise, parmi lesquels un climat g?n?ral de suspicion, une menace de violation de la sph?re priv?e, un risque que les informations obtenues soient mal ma?tris?es avec des cons?quences catastrophiques pour la personne soup?onn?e, peut-?tre ? tort.

Pr?vention
?a, c'est pour la r?action. Mais il existe un certain nombre de mesures relativement simples pour pr?venir ces agissements qui font courir des risques importants ? l'entreprise, comme des pertes financi?res insurmontables ou une atteinte grave ? sa r?putation. Elle peut se perdre en un jour, et mettre des ann?es ? se reconstruire, commente laconiquement John Ederer.
De nombreux observateurs militent pour une intensification des contr?les. Avec la r?vision du code des obligations, toute la question des syst?mes de contr?le est actuellement en ligne de mire, puisque dor?navant l'organe de r?vision va devoir s'assurer que de tels syst?mes existent, constate Isabelle Augsburger. De m?me, l'employeur peut mettre en place des mesures de surveillance plus efficaces. Une personne ne pourra plus ma?triser seule une op?ration du d?but ? la fin de la cha?ne, comme pr?senter une facture, la signer et donner l'ordre de paiement. Autre arme tr?s efficace: la ligne t?l?phonique o? les collaborateurs peuvent signaler les cas qui leur semblent suspects. A condition de respecter scrupuleusement l'anonymat des interlocuteurs. Cependant, le contr?le est une arme ? double tranchant: Les entreprises qui ?rigent la suspicion et le contr?le en syst?me engendrent un m?contentement et des frustrations qui repr?sentent un facteur d'opportunit?, reprend la professeure.
Comme le d?montre une ?tude de l'Universit? de Lausanne**, les mesures pr?ventives ayant trait au traitement du personnel semblent offrir une meilleure protection que celles rev?tant uniquement un aspect de contr?le. Cela passe par un syst?me de communication clair, une gestion transparente des affaires et des collaborateurs, un bon syst?me salarial, une reconnaissance formelle et des codes de conduite du personnel. Nous plaidons pour le maintien du niveau moral le plus ?lev? possible, confirme John Ederer. Cela passe certes par un code de bonne conduite. Mais surtout par le mod?le qu'offre la direction, dont le comportement doit ?tre irr?prochable.

* Profile of a Fraudster Survey, http://www.kpmg.ch, 2007.
** Les D?lits commis par les employ?s dans les secteurs commercial et financier, Giang
Ly Isenring, Schweizerische Zeitschrift f?r Kriminologie, f?vrier 2006.

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